Author Archives: Magalie Fouré

À propos de moi :

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J’écris depuis que je suis enfant. Le tracé de la plume sur le papier et l’odeur de l’encre encore humide ont été mes plus belles échappées lorsque mon quotidien se faisait sombre. Mais vivre de ma plume ne m’avait même jamais effleuré l’esprit jusqu’à peu.

J’ai longtemps voulu être sage-femme, toute mon enfance à vrai dire, jusqu’au lycée. Mais en seconde, ma vocation pour l’enseignement s’est éclairée au contact d’un enseignant fantastique. Je me suis donc orientée vers des études de lettres, classiques et modernes et suis devenue enseignante à mon tour, dans le secondaire. J’ai cessé d’écrire pour apprendre à d’autres à le faire, les aider à s’exprimer.

Mais toutes ces années, un élément de ma vie ne cessait de se répéter, encore et encore, sans que je le comprenne. J’attirais constamment à moi des personnes à la vie insolite. Des tranches de vie tellement uniques, tellement belles, tellement dures (parfois même dans leur banalité, étrangement) qu’aussitôt, l’envie d’écrire me revenait. Pourtant, je laissais cela de côté, ne sachant qu’en faire, pensant ne pas avoir le temps. Je me contentais d’écouter mes amis, ma famille, ou encore ces inconnus sur mon chemin et je savourais le récit de leur vie, ces instants volés au gré de nos rencontres, de nos échanges.

Et puis un jour, le déclic s’est fait et j’ai vu le lien entre toutes mes expériences de vie et en 2020 j’ai pu rejoindre le réseau NPI. Biographe, voilà un métier qui me permettait enfin, d’accoucher toutes ces vies et d’offrir à leur porteur, une seconde naissance.


Extrait de biographie familiale

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Maïeuticienne (extrait)

(Auteure : Magalie Fouré )

Tout à commencé alors que je devais avoir six ans et, à cette époque, je ne vivais que pour être sage-femme. Je passais mon temps à faire naître des poupées, des peluches, des animaux. Je rêvais d’être enceinte et de donner la vie. Je passais un ballon gonflé sous mon T-shirt et je simulais mes propres accouchements. Ce qui est étrange c’est que je ne me souviens pas d’où m’est venue cette passion pour la naissance. Je ne pense pas avoir vu d’images ou de documentaires concernant ce sujet, je n’avais que mon instinct, peut-être une sorte d’intuition. Enfin toujours est-il que dans ma tête, j’aurais des enfants et j’aiderai d’autres mères à enfanter. Ma mère s’inquiétait un peu de me voir autant passionnée par le thème des naissances. Je crois que secrètement elle redoutait que je fasse d’elle une mamie de manière honteusement prématurée. Toutefois, elle me laissait vivre ma vie et mes rêves d’enfant sans jamais rien juger ou critiquer, merci Maman ! Je commençais à emmagasiner des connaissances en pédiatrie et je m’étais fait un petit classeur avec les diverses maladies infantiles connues et les méthodes pour en venir à bout. Étonnamment, le métier de pédiatre ne m’intéressait pas du tout. Ce que je voulais, c’était voir la joie et le bonheur de toutes ces femmes en récompense aux souffrances des longues heures de travail qu’elles enduraient. Ce que je souhaitais, c’était sentir ces petits corps vibrants et gluants au creux de mes mains. J’imaginais que cela me doterait d’un pouvoir spécial, unique.

Ma première déception est apparue aux alentours de mes douze ans. Je crois que nous habitions toujours dans le Nord de la France à cette époque. Je me rappelle en tout cas que j’étais déjà au collège. Un soir, aux informations, il y eut un reportage concernant la colère des sages-femmes. Elles s’étaient mises en grève et manifestaient contre le manque de reconnaissance lié à leur profession. Elles commençaient à souffrir du manque de moyens, du manque d’effectifs, de l’alourdissement de leur quotidien professionnel. Bref, le début de la crise du monde médical de première ligne. J’appelle ici première ligne, tout le corps des soignants qui sont dans l’obligation de prendre le temps avec leurs patients parce que ces derniers souffrent de manière impromptue et inévitable : les aides soignants, infirmières, auxiliaires, sage-femme et autres soldats de notre bien-être. Tous ces métiers indispensables, ces métiers de relation, de contact. Ces métiers où les valeurs humaines sont mises en avant. Ces métiers que tantôt nos gouvernements saluent mais auxquels, le lendemain, ils refusent d’accorder aides et moyens. Ces métiers où, enfin, les soignants objectifient leur humanité sans se soucier de la reconnaissance qu’ils auront, où seul le regard apaisé de leur patient comptera. Ceux à qui l’on peut dire : « J’entends ta colère mais quoi ? Tu n’oseras pas…Tu ne pourras pas rester en grève éternellement et je le sais. Allons, tu sais bien que le papi de la chambre n°3 va faire une crise de panique si tu n’es pas à l’heure pour le coucher. Tu n’oseras pas laisser Mamie Huguette baigner dans sa couche sale plusieurs jours, tu es bien trop humain-e pour ça. Merci de cette belle âme que tu m’offres et dont je profite impunément. » Ainsi donc, en regardant ce reportage, j’ai su que j’allais m’engager dans une galère, dans un métier où rien n’allait déjà plus il y a vingt-cinq ans en arrière. Mais peu m’importait, j’étais déterminée, rien ne pourrait m’arrêter. Pourtant j’avais peur. Déjà à cet âge-là je craignais de découvrir ce qu’allait bien pouvoir m’offrir le monde. J’avais cette sensation de lourdeur et de responsabilité face à mon avenir et cette importance que j’attachais à ce que le métier que j’exercerai ait un impact positif sur l’humanité. Alors quoi de plus raisonnable que de mettre au monde ces petits d’hommes ? Je continuais donc sur ma lancée, accrochée à mes objectifs et traînant au fond de mon cœur, une inquiétude sourde.

Arrivée en classe de troisième, bien que je sache précisément ce que je voulais faire de ma vie et comment y parvenir rapidement, il était tout de même temps de rencontrer le conseiller d’orientation. À cette période j’avais quatorze ans, je venais de passer une année en internat en Lozère, soit, l’une des plus belles années de scolarité jusqu’alors. Mais face à cette personne je me trouvais bien seule et, si mon but était de sentir la vie palpitante et naissante entre mes mains, j’ai vite compris que cet homme avait mon avenir entre les siennes. Je n’ai qu’un souvenir vague de la situation mais toujours est-il que le chemin était tout tracé dans ma tête : j’aurais suivi une filière SMS qui m’aurait permis, en quatre ans max d’assister à mes premiers accouchements. Renseignée, armée de connaissances sur le système j’arrivais donc, pleine d’optimisme et de confiance face à cette personne et là…le choc. À ses yeux, il était évident que je ne devais pas faire une filière courte, il était évident que je devais aller en seconde générale, « ce serait du gâchis« , a-t-il dit. Tout à coup, le contrôle que je pensais exercer sur ma vie, sur mes choix m’a paru bien puéril et la petite fille à l’intérieur de moi a pris toute la place. Je me suis éteinte, déçue. Mon monde s’écroulait autour de moi, je ne comprenais pas. Je ne parvenais pas à saisir pourquoi mes parents qui, jusqu’à présent s’étaient montrés encourageants et confiants, tout à coup s’en remettaient à l’avis d’un étranger qui ne m’avait jamais vu de sa vie. Comment peut-on décider de la vie de quelqu’un juste en fonction de ses résultats scolaires (il faudra revenir sur cette question un peu plus tard en regard du métier de prof). Voilà donc la forme que prit ma seconde déception. Je venais de perdre confiance en moi, en mes parents, en l’école. Personne ne prenait en compte ce qui me tenait à cœur, personne ne jugeait bon d’écouter ce qui était important pour moi. J’étais tellement abattue que je n’ai plus entendu ce que le conseiller a dit après. Je me souviens de ce NON, ce petit mot de trois lettres qui m’a sidérée et laissée là, pantelante. Je n’ai compris que bien plus tard que j’aurais toujours la possibilité de suivre ma voie, que le chemin n’était pas tout tracé, que la route pouvait être longue et sinueuse tandis qu’elle me paraissait tellement évidente. Ce que j’en ai retenu, c’est : « tu es capable de mieux, ne te contente pas du médiocre ». Même du haut de mes quatorze ans, je trouvais cette réaction extrêmement humiliante par rapport à la voie que je voulais choisir. Pourquoi voulez-vous que je sois médecin, chirurgien ou pédiatre si mon cœur est voué à la maïeutique. En quoi un métier vaudrait-il plus qu’un autre ? En quoi mes capacités à faire de hautes études ont-elles quelque chose à voir avec le métier que je souhaite exercer. Vraiment cet entretien m’a démolie. Mes parents étaient flattés bien entendu. Ils m’ont rassurée en me disant que cela m’ouvrirait plus de portes, que je serai moins limitée dans mes choix par la suite. En quoi le métier de sage-femme est-il limité ou limitant ? Comment peut-on encourager un enfant durant près de dix ans, lui faire confiance et tout à coup, s’en remettre à une sorte d’autorité presque divine. Alors oui, ces études je les ai faites, oui, j’ai eu des diplômes et peut-être que j’aurais pu aller plus loin. Il m’arrive même de me dire « pourquoi pas ? ». Mais au fond, le plus important ne s’est jamais réalisé : je ne suis pas devenue sage-femme. Le plus tragique aussi : j’ai cessé d’avoir confiance, en moi-même et bien sûr aux autres. Mais à partir de ce jour-là, le combat a commencé.


Exemple de correspondance libératrice:

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Ma très chère amie,

Hier, un enfant est né. Un enfant à aimer, un enfant à chérir, à choyer…ton fils.

Bienvenu à lui dans cette aventure que sera ta vie.

Hier, une femme s’est ouverte pour donner vie à son enfant. À ce moment précis où le corps n’autorise plus que la vie ou la mort, à ce moment soudain où la femme ne peux plus contenir la vie qui s’échappe hors d’elle-même, une mère voit le jour.

Bienvenu à elle, bienvenu à toi.

Dans cette lettre que je m’autorise enfin, je vais te parler d’amour, de mon amour pour toi.

Pas de cet amour passionné des amants bien entendu mais de l’amour familial, filial, maternel sans doute.

Je vais te parler de cet amour que l’on offre à nos proches de manière inconditionnelle.

Cet amour qui fait que notre cœur est ouvert à l’autre, naturellement, sans artifice, sans attente.

Cet amour qui fait que l’on se livre, que l’on se dévoile sans pudeur, en toute confiance, sans connaître le doute ou la retenue.

« je ne sais pas pourquoi tu veux que l’on se voit

sauf peut-être pour occuper tes journées vides de mère »

Ces mots sont gravés en lettres de feu dans mon cœur et, à chaque fois que j’entends ton nom, la plaie se remet à saigner.

La douleur que j’éprouve alors n’a d’égal que la profondeur de mon amour à ton égard.

C’est pourquoi parfois je regrette d’avoir frappé à ta porte il y a dix-sept ans.

Pour ça, je m’excuse car j’étais plus certainement plus préoccupée par mon besoin d’être aimée et adoptée que par ton besoin de solitude et d’isolement.

Peut-être alors t’es-tu sentie piégée par cette affection profonde et débordante pour quiconque aurait accepté de reconnaître mon existence; pour quiconque m’aurait accordé suffisamment de valeur pour être mon ami enfin.

Lorsque ta porte s’est ouverte, je me suis sentie accueillie, appréciée si ce n’est aimée.

Lorsque ta porte s’est ouverte, j’ai trouvé une sœur, un être cher à mon cœur.

On dit qu’on ne choisit pas sa famille, je te laisse en juger.

« je ne sais pas pourquoi tu veux que l’on se voit

sauf peut-être pour occuper tes journées vides de mère »

Mon intention ces dix-sept dernières années a toujours été la même: créer du lien, éprouver cet amour dont je déborde et qui me réchauffe le cœur, rien de plus.

Ah si, avec un peu de chance, me sentir aimée en retour, suffisamment pour me sentir précieuse aux yeux de cette famille que je chéris.

Peut-être mon attitude semble-t-elle puérile mais les besoins d’amour et d’appartenance ne sont-ils pas fondamentaux à l’être humain?

La naissance de ma fille s’est révélée un tournant dans notre relation. Mon univers, mon idéal familial s’est effondré.

J’ai senti le lien s’étioler peu à peu entre nous.

Je souhaitais à ma fille d’avoir une confidente au sein de la famille, une âme qui la soutiendrait et l’écouterait dans les moments difficiles.

Je lui souhaitais d’exister dans les pensées aimantes d’une Marraine qui tiendrait à elle quoiqu’il advienne.

Qu’une bonne fée se penche sur son berceau et sur sa vie pour les jours où je serai défaillante.

Mais c’est mon propre besoin que je projetais. Je m’en excuse, j’étais aveugle alors.

« je ne sais pas pourquoi tu veux que l’on se voit

sauf peut-être pour occuper tes journées vides de mère »

Lorsque j’ai lu ces mots, la porte que j’avais ouverte douze ans plus tôt s’est refermée brutalement sur la confiance que j’avais placée dans nos liens.

Toi que j’appelais ma sœur, je me sens trahie, je ne sais plus qui j’ai aimé.

Toi que j’appelais ma sœur, j’avais oublié que tu ne l’étais pas, ces mots me l’ont rappelé.

Aujourd’hui je ne m’adresse plus à cette sœur que j’avais sans doute fantasmée.

Aujourd’hui je m’adresse à la mère qui vient de naître .

Je m’adresse à cette mère, à toutes les tempêtes qu’elle va connaître, aux tourments et aux échecs.

Je m’adresse à sa possible solitude, à ses rêves et à ses désillusions.

Je m’adresse à sa joie et à ses espoirs.

À ses convictions et ces certitudes.

À l’amour et la colère qui inonderont son cœur et son âme parfois.

Je m’adresse à la tornade d’émotions qui la traverseront tour à tour, à chaque pas franchi, à chaque espoir déçu.

Je m’adresse à cette mère car c’est la mère en moi qui souffre du manque sévère d’empathie dont elle a été la victime jadis.

À cette mère je voudrais simplement dire que j’aurais aimé être là, avec toi, comme autrefois…mieux qu’autrefois car aujourd’hui je n’ai plus besoin de cette reconnaissance, ni de ce regard aimant et bienveillant que j’espérais de la jeune femme que je croyais connaître.

J’ai confiance en la vie et je sais qu’un jour, ce mot cruel qui a révélé la vanité de mes espoirs à ton égard, trouvera un écho en ta maternité.

Lorsque ce jour viendra, écoute ma peine résonner en ton cœur.

Ce jour là, ma détresse sera entendue et ma tristesse reconnue.

Ce jour-là, je demande à ton courage de surpasser ta fierté pour me présenter de sincères excuses.

Les excuses d’une mère à une autre, en toute humilité.

Hier, le vide que tu imaginais a cessé d’exister… Sois la bienvenue!

Avec toute mon affection,

[…]

PS: Puisqu’en mon cœur tu as été une sœur, sache que ces mots cruels auront eu raison de ma confiance mais jamais de mon amour.