Mois : juillet 2020

Exemple de correspondance libératrice:

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Ma très chère amie,

Hier, un enfant est né. Un enfant à aimer, un enfant à chérir, à choyer…ton fils.

Bienvenu à lui dans cette aventure que sera ta vie.

Hier, une femme s’est ouverte pour donner vie à son enfant. À ce moment précis où le corps n’autorise plus que la vie ou la mort, à ce moment soudain où la femme ne peux plus contenir la vie qui s’échappe hors d’elle-même, une mère voit le jour.

Bienvenu à elle, bienvenu à toi.

Dans cette lettre que je m’autorise enfin, je vais te parler d’amour, de mon amour pour toi.

Pas de cet amour passionné des amants bien entendu mais de l’amour familial, filial, maternel sans doute.

Je vais te parler de cet amour que l’on offre à nos proches de manière inconditionnelle.

Cet amour qui fait que notre cœur est ouvert à l’autre, naturellement, sans artifice, sans attente.

Cet amour qui fait que l’on se livre, que l’on se dévoile sans pudeur, en toute confiance, sans connaître le doute ou la retenue.

« je ne sais pas pourquoi tu veux que l’on se voit

sauf peut-être pour occuper tes journées vides de mère »

Ces mots sont gravés en lettres de feu dans mon cœur et, à chaque fois que j’entends ton nom, la plaie se remet à saigner.

La douleur que j’éprouve alors n’a d’égal que la profondeur de mon amour à ton égard.

C’est pourquoi parfois je regrette d’avoir frappé à ta porte il y a dix-sept ans.

Pour ça, je m’excuse car j’étais plus certainement plus préoccupée par mon besoin d’être aimée et adoptée que par ton besoin de solitude et d’isolement.

Peut-être alors t’es-tu sentie piégée par cette affection profonde et débordante pour quiconque aurait accepté de reconnaître mon existence; pour quiconque m’aurait accordé suffisamment de valeur pour être mon ami enfin.

Lorsque ta porte s’est ouverte, je me suis sentie accueillie, appréciée si ce n’est aimée.

Lorsque ta porte s’est ouverte, j’ai trouvé une sœur, un être cher à mon cœur.

On dit qu’on ne choisit pas sa famille, je te laisse en juger.

« je ne sais pas pourquoi tu veux que l’on se voit

sauf peut-être pour occuper tes journées vides de mère »

Mon intention ces dix-sept dernières années a toujours été la même: créer du lien, éprouver cet amour dont je déborde et qui me réchauffe le cœur, rien de plus.

Ah si, avec un peu de chance, me sentir aimée en retour, suffisamment pour me sentir précieuse aux yeux de cette famille que je chéris.

Peut-être mon attitude semble-t-elle puérile mais les besoins d’amour et d’appartenance ne sont-ils pas fondamentaux à l’être humain?

La naissance de ma fille s’est révélée un tournant dans notre relation. Mon univers, mon idéal familial s’est effondré.

J’ai senti le lien s’étioler peu à peu entre nous.

Je souhaitais à ma fille d’avoir une confidente au sein de la famille, une âme qui la soutiendrait et l’écouterait dans les moments difficiles.

Je lui souhaitais d’exister dans les pensées aimantes d’une Marraine qui tiendrait à elle quoiqu’il advienne.

Qu’une bonne fée se penche sur son berceau et sur sa vie pour les jours où je serai défaillante.

Mais c’est mon propre besoin que je projetais. Je m’en excuse, j’étais aveugle alors.

« je ne sais pas pourquoi tu veux que l’on se voit

sauf peut-être pour occuper tes journées vides de mère »

Lorsque j’ai lu ces mots, la porte que j’avais ouverte douze ans plus tôt s’est refermée brutalement sur la confiance que j’avais placée dans nos liens.

Toi que j’appelais ma sœur, je me sens trahie, je ne sais plus qui j’ai aimé.

Toi que j’appelais ma sœur, j’avais oublié que tu ne l’étais pas, ces mots me l’ont rappelé.

Aujourd’hui je ne m’adresse plus à cette sœur que j’avais sans doute fantasmée.

Aujourd’hui je m’adresse à la mère qui vient de naître .

Je m’adresse à cette mère, à toutes les tempêtes qu’elle va connaître, aux tourments et aux échecs.

Je m’adresse à sa possible solitude, à ses rêves et à ses désillusions.

Je m’adresse à sa joie et à ses espoirs.

À ses convictions et ces certitudes.

À l’amour et la colère qui inonderont son cœur et son âme parfois.

Je m’adresse à la tornade d’émotions qui la traverseront tour à tour, à chaque pas franchi, à chaque espoir déçu.

Je m’adresse à cette mère car c’est la mère en moi qui souffre du manque sévère d’empathie dont elle a été la victime jadis.

À cette mère je voudrais simplement dire que j’aurais aimé être là, avec toi, comme autrefois…mieux qu’autrefois car aujourd’hui je n’ai plus besoin de cette reconnaissance, ni de ce regard aimant et bienveillant que j’espérais de la jeune femme que je croyais connaître.

J’ai confiance en la vie et je sais qu’un jour, ce mot cruel qui a révélé la vanité de mes espoirs à ton égard, trouvera un écho en ta maternité.

Lorsque ce jour viendra, écoute ma peine résonner en ton cœur.

Ce jour là, ma détresse sera entendue et ma tristesse reconnue.

Ce jour-là, je demande à ton courage de surpasser ta fierté pour me présenter de sincères excuses.

Les excuses d’une mère à une autre, en toute humilité.

Hier, le vide que tu imaginais a cessé d’exister… Sois la bienvenue!

Avec toute mon affection,

[…]

PS: Puisqu’en mon cœur tu as été une sœur, sache que ces mots cruels auront eu raison de ma confiance mais jamais de mon amour.